Par A. Chouwimi
La révision constitutionnelle en cours, visant à prolonger le mandat présidentiel de cinq à sept ans et à supprimer la limitation du nombre de mandats, constitue un coup d’État constitutionnel. Cette manœuvre s’inscrit dans un contexte où la souveraineté du peuple tchadien reste une conquête fragile : depuis sa création, le pays n’a jamais connu d’alternance démocratique ni une véritable démocratie, mais uniquement une succession de régimes dictatoriaux. En ce sens, cette tentative ne fait que piétiner les rares acquis républicains et fragiliser l’espoir d’une gouvernance respectueuse de la volonté populaire.
Cette dérive trouve ses racines dans l’arrivée au pouvoir de Mahamat Idriss Déby, qui l’a fait par une succession dynastique, en violation flagrante de la Constitution. À la mort de son père en avril 2021, un Conseil militaire de transition, dominé par le clan Déby, l’a installé à la tête du pays avec l’adoubement du président Macron, au grand dam du peuple tchadien et malgré la contestation de la société civile. Cet acte constitue une atteinte grave aux principes fondamentaux de la République : la souveraineté appartient au peuple tchadien, et non à une famille ou à un clan.
Aujourd’hui, le fils Déby viole pour la énième fois la Constitution. En tant que militaire, il est censé en être le gardien, mais il piétine la loi fondamentale pour servir des intérêts dynastiques. Montesquieu rappelait que la séparation des pouvoirs et le respect des lois sont la condition sine qua non de la liberté politique. Ainsi, la modification de la durée d’un mandat en cours et la suppression de la limitation du nombre de mandats constituent une confiscation du pouvoir populaire. Seul le peuple, par référendum, peut décider de telles questions. Rousseau, dans Du Contrat social, insiste sur le fait que la légitimité politique repose sur la volonté générale, et non sur la décision arbitraire d’un individu ou d’une élite.
Le Sénat et le Conseil constitutionnel, tous deux dominés par le parti au pouvoir, ne peuvent prétendre exercer un contrôle indépendant. L’ensemble du processus n’est donc qu’une formalité destinée à légitimer juridiquement un coup de force politique.
Face à cette situation, certains élus ont montré l’exemple. Le geste de Mamadou Maindoh, député de Sarh, qui a démissionné pour ne pas cautionner cette dérive, illustre ce que Max Weber, dans Le Savant et le Politique, définit comme la nécessité de conjuguer éthique de conviction — la fidélité à ses principes — et éthique de responsabilité — le devoir d’assumer les conséquences de ses actes pour la société. De même, les députés de l’opposition qui ont refusé de se déplacer pour voter cette révision ont mis la loyauté envers la République et le peuple au-dessus de leurs intérêts personnels. La République se souviendra de ces élus comme de dignes enfants du Tchad, prêts à sacrifier leurs privilèges pour défendre la voix du peuple.
Cette résistance politique se double d’une mobilisation armée et nationale. Le FACT (Front pour l’Alternance et la Concorde au Tchad) dénonce les manœuvres des députés et rappelle qu’il demeure la seule force capable de sonner le glas du régime Déby. Il appelle à l’unité du peuple tchadien et des forces politiques pour une convergence de lutte, car la résistance nationale reste la seule voie pour l’alternance, la concorde, la liberté et la justice sociale.
La répression du régime, quant à elle, ne faiblit pas. Deux activistes tchadiens, Charfadine Galmaye Saleh et Makaila Nguebla, ont été déchus de la nationalité tchadienne, sous prétexte d’« intelligence avec des puissances étrangères ». Cette mesure illégale vise à museler la dissidence et à intimider ceux qui défendent la liberté d’expression. Après avoir muselé la presse à l’intérieur du pays et emprisonné ou tué des opposants politiques, le régime tente désormais de réduire au silence les Tchadiens de la diaspora. Ces derniers, plus que jamais déterminés, poursuivent un combat universel, qui ne nécessite pas la nationalité tchadienne : dénoncer les dérives du pouvoir, éclairer les forces politiques des pays où ils résident, les partenaires internationaux du Tchad et la communauté internationale, et intensifier la pression sur ce régime d’un autre temps.
Le Tchad n’a pas besoin d’une présidence à vie ni d’une dynastie politique. Il a besoin d’institutions solides, d’un État de droit respectueux de la volonté du peuple, et d’une armée garante de la Constitution. La souveraineté appartient au peuple tchadien, et à lui seul.
Le peuple tchadien, dans toutes ses composantes — militaires, commerçants, fonctionnaires, élèves, étudiants, syndicats, société civile — doit se soulever comme un seul corps contre cette confiscation du pouvoir à vie. Le peuple doit être au rendez-vous de l’histoire, à l’image de ses frères à travers le continent africain. Au Cameroun, la lutte est engagée pour l’alternance politique, menée par nos intrépides frères camerounais.
Nos frères du FACT, malgré les affres du désert et les menaces des groupuscules terroristes, sont prêts à sacrifier ce qu’ils ont de cher afin que le peuple recouvre sa liberté, à l’instar des autres peuples libres. Rien, absolument rien, n’entamera leur détermination. Leur engagement est un symbole de résistance et un appel à l’unité de tous les Tchadiens.
Pour inspirer et guider cette lutte, rappelons les paroles de grands résistants africains :
Thomas Sankara : « La patrie ou la mort, nous vaincrons ! »
Patrice Lumumba : « L’indépendance n’est pas un cadeau, c’est un combat. »
Frantz Fanon : « Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir. »
Peuple tchadien, lève-toi ! Marche pour ton avenir, pour la liberté, pour la justice, pour une République véritablement libre, juste et démocratique !
La défense de la Constitution, des principes démocratiques et des libertés fondamentales est l’affaire de tous. Mamadou Maindoh, les députés de l’opposition et les activistes injustement frappés par la répression montrent la voie : résister aujourd’hui est le seul moyen de bâtir demain un Tchad libre, juste et républicain.
A. Chouwimi





